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Bulletin de l'Amitié de janvier 1962 - extraits

 Tableau des services

7 janvier. Nouvel An.................................. Marchal
14 ............................................................. P. Fath
21 ............................................................. Marchal
28 ............................................................. A. Perrin
4 février, première conférence .................. Marchal


1962

Au sens habituel, les vœux sont aussi touchants qu’inutiles.
Mais, outre qu’ils disent, a leur manière, la fîdélité des affections, ils sont l ’occasion d’une prise de conscience renouvelée de nos privilèges et de nos responsabilités.
Au seuil d ’une année qui risgue d’être déterminante sur plus d’un point et qui met notre pays au bord des pires aventures et des plus grands malheurs, le civisme doit s’unir à la foi. Chacun est libre dans ses opinions, à l’exclusion de celles qui comportent le crime, la haine ou la peur.
Puisse notre église, toujours plus groupée et vivante, traverser les temps difficiles avec dignité, en restant fidèle aux tâches qui lui sont propres, et dont le double impératif sera toujours l’Évangile et la Liberté.


« SLa tour inachevéei l’un de vous désire bâtir une tour, ne s’assied-il pas d’abord pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi la terminer, de peur qu’après avoir posé les fondations il ne puisse aboutir et que tous les passants ne se mettent à se moquer de lui en disant : c’est l’homme qui a commencé de bâtir et qui n’a pu achever.» Saint Luc 14 28:30

Il est souvent question de tours dans la Bible. Les unes étaient des édifices religieux d’origine chaldéenne, mais qui appartiennent plutôt à la préhistoire du peuple d’Israël, telle cette tour de Babel où le vieux chroniqueur de la Genèse a préféré voir le symbole de l’orgueil humain, en mal d’apothéose; les autres étaient ces modestes tours de garde, sorte de miradors rustiques que le paysan élevait au milieu de son enclos de vignes, afin de surveiller l’approche des animaux nuisibles, parmi lesquels il faut bien dire qu’il y avait les hommes eux-mêmes, les maraudeurs. Les archéologues ont retrouvé les fondations d’une de ces tours, à Siloë et il s’agit sûrement de cette tour dont le Christ nous dit qu’elle s’était effondrée, entraînant la mort de dix huit personnes. Notre récit, si vivant, est marqué d’un certain humour de village. Nous croyons entendre les rires, les quolibets des voisins se moquant de notre présomptueux maçon dont l’œuvre inachevée semble démontrer l'impéritie ou l'imprévoyance. Mais tout cela mérite quelque examen. Les choses les plus simples ont toujours leur arrière-fond de mystère: il n’y a de d’ombre que parce qu’il y a du soleil; cette zone d’obscurité que produit inévitablement la lumière est comme le rappel discret, mais insistant, que notre monde est provisoire, intérim à la fois bien-aimé et terrifiant, dont une foi tenace nous assure pourtant qu’il est promis à la clarté d’un autre soleil.

***

Etre prévoyant, pratiquer la prudence, d’un mot « calculer la dépense »: Nous voulons bien. Mais avouons d’abord un scrupule, c’est que la spiritualité evangélique semble bien nous donner habituellement le conseil opposé. Il nous est dit, plutôt, de marcher non par la vue, mais par la foi, d’imiter l’apparente insouciance des oiseaux du ciel qui n amassent rien dans les greniers. C’est ce que l’on a appelé « le devoir imprevoyance ». Un tel devoir est largement solidaire de l’action réellement créatrice. Le risque est la condition de n’importe quel projet, car aucun calcul,
en cet ordre de choses ou, inconnu, les événements, les hommes sont impliqués, aucun calcul ne saurait nous garantir le succes, L'achèvement de l’édifice. La condition pour arriver, c’est de partir, mais il s’en faut que tous les partants arrivent. C'est vrai d une entreprise commerciale qu'une honnête et sage administration ne saurait préserver de la faillite — une certaine honnêteté peut d’ailleurs être un handicap, helas! — c’est vrai de presque toutes les grandes choses qu’ait
enregistrees l’Histoire, ces choses-là ayant comporté une bonne dose de confiance, un acte de foi le plus souvent paradoxal. Les grandes migrations de peuples, les révolutions qui ont changé les structures des sociétés, les mues religieuses et scientifiques qui se sont imposées n’avaient, au
depart que peu de chances de succès. Le calcul y était impossible, parce que la dépense y était sans mesure. L'initiative de Moise, celle d’Esaïe, celle de Saint François de Salles, mais aussi de Christophe Colomb, de Jeanne d'Arc, de Galilée, de Hugues Capet ou, — je passe à la limite —
de Lénine, etaient déraisonnables et peu de gens sensés pouvaient leur prédire la reussite et l'achèvement. Mais, à l’instar du patriarche, ils sont partis sans bien savoir où ils allaient, sans points de chute, sans itinéraires de fuite, sans garanties posément calculées, sans être sûrs du consentement des êtres et des choses. La prudence n’est pas, en soi, un principe de découverte, de novation. C’est une qualité nécessaire, mais seconde et négative, elle est le frein, non le moteur de l’action.
Qu'ai-je besoin de parler des grands personnages de l'Histoire, dont l'épopée est sagement mise en paragraphes, maintenant, dans les manuels ?
N'allons-nous pas plutôt rappeler le grand paradoxe de ce monde, l'évocation de la dépense la moins bien calculée, parce que la moins bien calculable ? Songez-y: ne parler qu’un an à peine, en une langue que personne ne comprenait, dans une province reculée de l’empire, au hasard des rencontres, sans auditoire fixe comme sans diplôme, mourir si obscurément que les historiens juifs du temps parlent bien de Jean-Baptiste, de Ponce Pilate, mais pas de Jésus lui-même; ne laisser, à sa mort, pas un seul mot écrit, s’en remettre, pour tout, à quelques disciples inconstants, renégats, traîtres ou fuyards avouez que c’était bien mal partir à la conquête du monde. L’échec et l’oubli étaient la seule sanction que le déterminisme du calcul eût raisonnablement suggérée. Un auteur moderne dans une pièce intitulée : « Un procurateur de Judée », imagine Ponce-Pilate, retraité et vieillissant, interrogé par un ami qui lui parle de l'étrange succès des disciples de Jésus de Nazareth. Et Pilate, se passant la main sur le front, de répondre simplement : « Jésus de Nazareth..., c’est curieux, je ne me rappelle pas. » Cette réplique, sans vraisemblance historique, est, par contre, très finement observée. De ce fait divers palestinien, - un cadavre, quoi, parmi tant d’autres, et Ponce-Pilate y allait rondement! - les siècles auraient dû dire aussi « nous ne nous souvenons pas; non : nous ne connaissons pas cet homme ».

***

Mais allons-nous donner tort, pour autant, à notre texte, ou n’y voir qu'un élément accessoire, épisodique, de l'enseignement de Jésus, une note marginale, utile, mais enfin secondaire ?  Ce serait mal comprendre un épisode que la tradition orale primitive a soigneusement sauvegardé non comme une illustration des petites vertus tranquilles et des prudences équilibrées, mais comme un appel à l’action constructive, -c’est le cas de le dire- bien différente de la  hâte fébrile ou de l'agitation sans lendemain.
Cet homme, cette tour, qui font tableau, symbolisent un échec. Et cet échec est dû à la légèreté, à la présomption. Mais pourquoi la foi audacieuse serait-elle assimilée à une variété de la présomption, je vous prie ? Le Maître ne nous demande nullement de ne point avoir d’audace, mais de prendre la mesure de cette audace, d’en évaluer les exigences, d’en connaître le risque. En une autre circonstance, il a recommandé à ses disciples de ne prendre avec eux « ni bourse ni bâton ». La légèreté eût été d’oublier les bourses et les bâtons; la foi a consisté à décider de n’en pas prendre, à calculer qu’une certaine conception de l’action, de  son mouvement et de sa cadence, exigeait à ce moment-là qu’on n’en prit point. Calculer la dépense, c’est, ici comme ailleurs, se rendre compte que souvent c’est la raison qui nous invite à n’être pas raisonnables. Quand la « raison » sait qu’elle commet une « folie », elle est haute sagesse, puissance intelligente et hardie, condition des grandes choses, invitation volontaire et exaltante à un voyage dont on prévoit qu’îl n’ira ni sans tempête, ni sans embuscade.
L’action doit être précédée de la réflexion, de la méditation, de la prière, sauf à se perdre dans les soubresauts d’un enthousiasme vite déçu. Et nous aimons l’image que notre récit nous en donne. Notre homme s’assied. Il va laisser passer les rumeurs de la route, les cris des volages ou même des pervers. Il s’assied, il fait silence, il se veut seul, avec son projet, son âme et son Dieu. Construire est toujours une aventure : petite ou grande, elle exige la connaissance du sol, l’évaluation des matériaux, la qualification du maçon, surtout et d’abord cela. Calculer la dépense, c’est savoir qui l’on est. Une construction, c’est d’abord un constructeur. Moi, moi, qui suis-je? Un corps et une âme, un merveilleux croyant, un ricanant sceptique, un douteur douloureux, un pélerin exténué mais heureux; un homme c’est un peu tout cela, selon les temps, les heures et les choses. Ange et bête, on l’a dit. Mais il faut construire : alors la multiplicité de mes personnages exige une vraie réflexion. Le Christ lui-même s’est assis pour calculer la dépense. Trente années de vic obscure et retirée, pour une année de grand jour. Même après cette maturation lente, quarante jours encore, au Désert. Qu’était donc ce temps de la Tentation, sinon celui du vieux Satan à la fois symbolique et réel, qui présentait à Dieu les calculs de l’anti-Dieu. Lui aussi avait calculé la dépense et le marché était précis. « Allons Christ, rends-moi hommage et voici ton salaire : tu vois ces royaumes et leur gloire; ils seront à toi ». Mais le Fils de l’Homme avait fait son choix : dans ses dépenses, c’est-à-dire dans les exigences et les conditions de sa mission, il n’y aurait de place ni pour la richesse -les pierres ne se changeraient pas en pain - ni pour la thaumaturgie - il ne se jetterait pas du haut du temple -ni pour la volonté de domination, -il se refuserait au succès-, s’il devait sacrifier le Royaume de Dieu à l’autre, au sanglant royaume.
Et il a continué de s’asseoir, de méditer. La brève épopée évangélique est coupée de ces  retraites où seul, à l’écart, Jésus le Christ priait. Détail, mais est-ce bien un détail: il calculait le nombre des disciples selon leurs tâches respectives : douze apôtres, symbole des douze tribus d’un nouvel Israël; soixante-dix disciples envoyés en mission, répartis et envoyés deux à deux. Mais aussi l’unique, l’inconnu, l’anonyme, désigné seulement comme étant « celui que Jésus aimait ».
Et tout ce monde, ce petit monde, — ce monde désormais éternel, devenu type d’action, catégories spirituelles, tout en restant exemples concrets et sujets du roi Hérode où l’histoire les retrouvera toujours à leur date, -tout ce monde fut envoyé, et le sachant, « comme des brebis au milieu des loups » - Voilà la confluence du calcul et de la foi. On connaît la suite, toute la suite.

***

Telle est la folie et la sagesse de notre épisode. Oh! je le sais. Bien des tours inachevées, bien des ruines ne sont pas celles de l'imprévoyance. Le succès ne couronne pas toujours, - loin de là - le labeur consciencieux ou le projet médité. Que d’injustes échecs, que d’insolentes victoires! A Dieu, nous nous en remettons de ces problèmes, de ces scandales pour l’explication desquels nos mathématiques sont décidément trop courtes. « Pendant opera interrupta », disait tristement Virgile (nos travaux interrompus restent en suspens). Nos succès, nos plus intenses bonheurs, ne sont séparés de la mort que par la ténuité d’une feuille d’or battu, la Bible dira la longueur d’une palme. Mais cette palme est nôtre, et nous l’aimons. En un temps où l’humanité fait rudement ses comptes, où elle se sait, à son niveau, toute puissante sur la vie et sur la mort, où les nations tentent de résoudre d’affreux problèmes qui les étreignent, les Églises aussi ont à calculer la dépense. La tour est en construction : elle comporte souvent des matériaux équivoques, des mythologies enfantines, des doctrines conjecturales ou romanesques que l’homme sauvegarde avec la touchante, mélancolique et décevante piété qu’il met à fleurir ou à vénérer des tombeaux. Mais grâce à Dieu, les fondements ont été posés par un Autre. Que sur ces fondements, disait le vieil apôtre, vous construisiez avec de l’or, des pierres précieuses, du bois, de l’or, de la paille (I Cor. 3 : 12), c’est votre affaire, mais on s’en apercevra, et l’épreuve de la vie montrera la qualité de l’oeuvre.
Comme l’oeuvre n’est pas meilleure que l’ouvrier, c’est notre affaire, en vérité.
Les jours qui viennent vont nous inviter à nous asseoir pour calculer très loyalement la dépense, toutes les dépenses : celles que supposent nos humaines tendresses, comme celles qu’exigent nos convictions de croyants, ou d’hommes.
Faute de quoi, ce dramatique début d’année, où se renouvelle déjà en tant de parties du monde le Massacre des Innocents, ne serait, de notre part, qu’un recommencement frivole et profané.

G.M.


Dans la paroisse

Culte C’est M. le P. Fath, d’Auteuil, qui veut bien nous aider en présidant le culte du 14 janvier. On sait combien l’autorité spirituelle et le talent de M. Fath ont vite trouvé audience dans le Protestantisme. Nous aurons tous à cœur de l’accueillir, et avec reconnaissance. Le 28, ce sera M. le Pr Perrin, suffragant de M. Fath, et ami d’études de notre futur suffragant, M. Jean-Maurice Donzel, qui occupera la chaire. Ce jeune pasteur particulièrement sympathique, et dont le ministère est justement apprécié à Auteuil, sera le bienvenu parmi nous. Nous le remercions particulièrement d’assurer le service, en ce dimanche qui précède nos conférences de février. Communion Dimanche 21 janvier.
Etude Biblique Mercredi 10 janvier, 20 h. 45, salle Wautier. Les récits du « Déluge » et leur signification: Genèse, chapitres 6, 7 et 8 (Pr Marchal).
Club d Etudes Jeudi 25 janvier, 20h45, salle Wautier. Cette séance particulièrement intéressante sera placée sous le double patronage du Cercle d’Études et du Club des Jeunes. M. Paul Carton, inspecteur général de l’agriculture d’Outre-Mer, directeur honoraire de l’École supérieure tropicale, viendra nous faire une causerie sur l’ Iran, l’un des grands points névralgiques du temps présent. M. Carton a pris de nombreuses « Diapositives » sur les aspects culturels, folkloriques, artistiques
et religieux de ce pays, et nous les projettera. Invitation à tous. Amenez avec vous les personnes qui s’intéressent à ces questions.
Club des jeunes C’est toujours notre ami, Roland Friedel, qui s’occupe du club avec le dévouement que l’on sait. On peut, pour renseignement, lui téléphoner à Roquette 01-52. Une feuille d’avis sera envoyée à tous les jeunes, comme d’habitude, afin de leur préciser les activités du mois. Son adjoint est J.-P. Steiger.
Mouvement Scout Voici les noms des responsables, chefs et cheftaines. Éclaireuses: Mme Jacqueline Leenhardt (POR. 18-96). Petites Ailes: Mm Lysie Stéphan (TUR. 89-51). Éclaireurs: Cyril Rachmanoff (TUR. 19-03) et Gérard Blondel; chefs de patrouille locaux (pour le Foyer de l’Âme), Maurice et J.-Claude Montet (LON. 01-18). Louveteaux: Geneviève Massé, 24, rue des Marguettes (12e) et J. Cléach, Bâtiment F, H.L.M. des Irlandais, Arcueil (Seine).
Club du jeudi Deux fois par mois. Responsable: Mm Guillaumont, 15, rue Champ-de-l’Alouette (13°). Séances très animées : jeux, chants, promenades, goûters. Programme envoyé chaque mois aux jeunes.
Chorale du Foyer de l'Âme Les répétitions hebdomadaires ont repris. Elles ont lieu le lundi à 19 h. 45, salle Wautier. De nouveaux choristes seront les très bienvenus. Direction : Muriel Allin. Tél. : Italie 11-28.
Grande Collecte pour les Pauvres  Elle a produit 175 000 A F. Nous en remercions nos amis présents le dimanche 10 décembre.
Collège théologique La séance prévue pour le 30 janvier ne pourra avoir lieu, deux conférenciers ne pouvant se trouver en France, à ce moment-là. Par contre, la soirée du mercredi 21 février est sûre, avec M. le Pr Bœgner, M. Jean Guitton, le R. P. Daniélou et le Pr Marchal
sur « La mission des Églises à l’aube du XXIe siècle ».

 


Une grande réédition

Le beau livre de Charles Wagner : « Devant le témoin invisible » vient d’être réédité par la librairie Fischbacher. Ce précieux ouvrage, l’un des plus significatifs du fondateur du « Foyer de l’Âme », est un livre de chevet, dont la spiritualité profonde et large a débordé les limites mêmes
du Protestantisme. C’est un bréviaire du cœur et de l’esprit que les chercheurs, les douloureux, comme aussi les hommes de bonne volonté liront et reliront avec l’intérêt qui s'attache aux grands témoignages spirituels de notre temps. Toutes librairies. Mais l’ouvrage se trouve à notre comptoir de librairie.

 


Comptoir de librairie

Nous rappelons qu’en dehors des livres des pasteurs du « Foyer de l’Âme », on peut acquérir de nombreux ouvrages dans le vestibule, à l’issue du culte. Les derniers parus sont l’excellente « Initiation au Protestantisme » du pasteur et professeur Schyns, notre ami bruxellois. C’est un modèle du genre. Le second est un captivant : « Pierre Valdo », dû à Magda Martini. C’est l’histoire dramatique et prophétique d’un des grands précurseurs de la Réforme (XIIème siècle). Une modeste préface, écrite par le Pr Marchal, dégage l’esprit de cette épopée. Bien illustrée, l’édition a été assurée par Labor et Fides.

 


Conférences de février

Elles auront lieu, comme d’habitude, les quatre dimanches de février et seront données par le Pr Marchal. Sujet : LA TÂCHE PRÉSENTE DE LA PENSÉE RELIGIEUSE.

 


Couverture du bulletin de l'amitié de janvier 1962