
| Le mot du Pasteur - février 2010 |
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Lors de la réunion interconfessionnelle du 12 février 2010 des C.I.E.U.X. à la synagogue de la rue de la Roquette à Paris 11ème, ont été partagées ces quelques réflexions sur l’amour – l’agapè. L’amour Le mot est aujourd’hui considérablement dévalué et souvent limité. Il est utilisé pour décrire une liaison amoureuse entre deux personnes. Liaison trop souvent passagère et marquée par la sexualité, par exemple, « faire l’amour » ne signifie pas s’aimer, mais accomplir un acte sexuel. D’autre part, l’amour a été marqué par un certain romantisme qui mêle sentiments et passions dérivant vers le sentimentalisme… sans parler ici du spectacle qu’offrent les « people ». Pour le christianisme qui met l’amour au centre de sa théologie et de son vécu, les dérives du champ sémantique de l’amour créent de graves difficultés. De plus, les chrétiens sont vus comme – je cite – « des gens dégoulinant d’amour » un peu « gnan-gnan », voire envahissants à vouloir bien faire et trop aimer. Or, l’amour dont il est question dans l’Ecriture ne permet pas ces manières de voir. L’amour chrétien c’est l’agapè - Mot typique du Nouveau Testament, concept forgé par les théologiens de l’époque. L’agapè reprend les notions de l’amour développées dans l’antiquité grecque et en une moindre mesure juive. Nous revoyons ce parcours avant de voir le terme agapè dans le Nouveau Testament. De l’amour Pour le grec, l’amour, c’est surtout eros. Pour Empédocle « l’amour rassemble les éléments du monde de façon à ce qu’ils constituent une unique ordonnance ». L’amour est donc ici une participation au mouvement universel. Pour Platon, l’amour est fils de penia et de peros (le dévouement et la ressource), complémentarité qui signe une incomplétude. D’où l’idée que l’amour est fondé sur l’altérité (idée aussi partagée par la Bible). L’autre est celui que je ne suis pas et dont j’ai besoin pour vivre d’où une dynamique et un aspect créatif venant de la réunion de ces complémentarités. D’où enfin, une image des deux parties d’une sphère qui cherchent à se réunir. Recherche d’une unité originelle. Mais attention, car l’amour devient vite passion et souffrance. L’eros qui est de l’ordre de la plénitude, peut conduire à tout donner pour celui qu’on aime, même sa vie. Eros et tanathos forment aussi un couple. L’attirance, caractéristique d’eros, s’exprime dans l’altérité, la transcendance du beau qui y est perceptible. Ce qui est essentiel pour Platon. Attirance et mort par absence de l’autre qui rend la vie insupportable ou don de soi comme on l’a vu, amour et mort sont passion de vie. Parce qu’eros est passion, puissance de vie, il peut devenir inconvenant et renverser toutes les barrières sociales (cf., entre autres, Roméo et Juliette). Si pour Platon, l’amour est eros, pour Aristote, c’est plutôt philéo. Aristote est davantage axé sur la sociologie. A l’amour platonique, il préfère l’amitié, la philéa, la relation, le lien entre les amis qui fonde la société, le « bien vivre ensemble ». Ici, philéo se combine avec d’autres notions philantropos amis des hommes, etc. Nous savons que même l’amitié n’est pas sans mystère depuis Montaigne et la Boétie. Pourquoi lui ? Parce que lui ! explique ce mystère. Que ce soit eros ou philia (l’amitié pure), il ne peut y avoir de qualification. L’amour est un absolu (au jeu de la marguerite le pétale gagnant est « on s’aime » sans aucun qualificatif qui serait toujours réducteur !). Avec Eros et Platon, charis exprime aussi l’amour, la grâce, la beauté donné,e offerte et reçue chaïro c’est aimer avec le désir de plaire. Le charisme, le don, la grâce offerte expriment cet amour. L’agapè L’agapè tel que l’utilise le christianisme reprend les différentes notions de l’amour grec, les englobe et les dépasse. Mais le terme lui-même a une histoire. Agapè, c’est surtout, à l’origine, l’expression de la tendresse (forme d’amour). Agapes c’est chérir et agapetos c’est être aimable, satisfaisant. Le terme est rare en fait (deux fois dans l’Iliade et l’Odyssée où pourtant, il ne manque d’aventures amoureuses). Le terme est tombé dans l’oubli dans le Koïnè (langue grecque du 1er siècle). Agapè marque donc la tendresse gratuite envers l’être aimé. Le mot était utilisé pour évoquer la tendresse (et les soins) envers les défunts, tendresse sans retour évidemment. Le Nouveau Testament va donc reprendre ce mot pour dire l’amour de Dieu. L’influence de l’Ancienne Alliance n’est pas oubliée aussi. Par exemple, dans la Genèse, Dieu signe un acte d’amour par la Création et le couple institué. L’Alliance bien sûr exprime aussi l’amour de Dieu, ici pour son peuple. L’amour de Dieu est tendresse, don, mais aussi passion et violence. La relation Dieu-Israël comparée à celle que vit un couple exprime bien cela. Au deuxième siècle à Alexandrie, les Septantes, qui traduisent l’Ecriture en grec utilisent le terme d’agapè pour dire l’amour de Dieu et l’amour du prochain (cf. Dt 6/5 ou encore Lv 19/18). Enfin, il y a dans la Bible beaucoup d’aventures amoureuses à commencer par Abraham et Sarah. Que penser aussi du Cantique des Cantiques, chant d’amour qui ne parle pas de Dieu. C’est donc naturellement que le Nouveau Testament utilise agapè pour dire l’amour comme en 1 Cor 13 ou encore l’amour de Dieu voire Dieu lui-même comme dans la première lettre de Jean. La grâce accompagne l’amour. Le Nouveau Testament Il reprend tout ce qui a été dit. L’agapè est au centre de la Loi. L’amour de Dieu et l’amour du prochain sont liés d’où l’exigence éthique (et non morale). L’agapè, charisme s’il en est, est signe de Salut. Elle transforme l’individu au point d’aimer ses ennemis (Matt 5/43). L’amour est transcendant, il est Dieu, le caractérise. Paul fonde sa théologie sur l’amour de Dieu qui sous-tend le sacrifice du Christ. L’amour dépasse la mort et débouche sur la résurrection. 1 Cor 13 tente une description : l’amour donne du sens, principe dynamique, il nous porte vers la promesse (le face à face). L’agapè marche avec la foi (certitude d’être aimé par celui qui ne croit pas) et l’espérance. Jean va plus loin dans sa réflexion « aimez comme je vous aime » (sous-entendu jusqu’à la mort). L’amour entre les humains est le reflet de l’amour de Dieu révélé en Jésus-Christ, reçu par l’Esprit. « Dieu est amour » (1 Jean 4/8). Conclusion L’agapè reste mystère de Dieu, amour gratuit inconditionnel, passion et tendresse de Dieu. L’amour est créateur de vie, principe de vie. L’être touché par la grâce est transformé, ressuscité, autre, marqué par la présence de Dieu en lui. Un amour qui fait vivre jusqu’à l’absence, la mort sur la croix. Pour rien. L’amour est lié à la dignité de l’homme comme créature de Dieu. Aimer, c’est être aimé et aimer. Aime toi toi-même dit la devise païenne reprise ici car Dieu t’aime et t’a créé aimable. « Aime et fais ce que voudra » (saint Augustin). L’amour, c’est la liberté de l’homme, son avenir en Dieu.
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