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Focus du mois de mars 2010

Un texte, une pensée, un auteur... pour, chaque mois, approfondir, réflechir et découvrir

 

« Eglise et homosexualité »

Un groupe élargi d’une quinzaine de personnes s’est réuni au Foyer de l'Ame, à l’instigation du conseil presbytéral sur le thème « Eglise et Homosexualité » pour échanger des idées sur les trois questions posées par l’Eglise aux différentes paroisses en préparation du prochain synode :

  • L’accueil et l’acceptation des personnes homosexuelles dans les paroisses,

  • La bénédiction d’une union homosexuelle,

  • L’acceptation de candidats homosexuels au ministère pastoral.

Cette discussion a permis un riche échange d’idées sur les trois questions posées et a montré une convergence forte des opinions sur des points majeurs comme l’accueil de chacun au sein de la communauté quelle que soit sa vie, son origine et ses pratiques ou la non-discrimination des candidats à la fonction pastorale. Elle a aussi mis en évidence la pluralité des positions et des sentiments sur la question de la bénédiction d’une union homosexuelle.

  1. Un consensus fort se dégage quant à l’importance d’accueillir tout le monde dans nos paroisses, quelles que soient sa race, son origine sociale, sa culture ou ses pratiques notamment sexuelles. Pour l’ensemble des participants, le principe selon lequel quiconque est le bienvenu et doit se « sentir chez lui » au Foyer de l’Ame est réaffirmé. L’Eglise dissout les appartenances à des groupes pour rassembler. Ainsi il ne s’agit pas de faire de l’Eglise l’instrument d’une reconnaissance sociale de la communauté homosexuelle. La question qui se pose est donc moins celle du principe que celle de la manière de l’affirmer. Faut-il exprimer dans une déclaration un peu formelle que notre communauté accueille les personnes homosexuelles ? Est-ce que cela ne revient pas justement à les désigner comme différentes, à les marginaliser. D’un côté il paraît important de faire passer ce message, compte tenu de l’hostilité qui a pu se manifester dans le passé vis-à-vis de la communauté homosexuelle, de l’autre il convient de prendre garde à la manière de le formuler. Pour le groupe il est donc important de réfléchir soigneusement à la manière de réaffirmer ce principe d’ouverture, sans risque de ségrégation ou de manipulation.

  1. Le second point soulève beaucoup de questions et d’incertitudes. Les termes posent problème et méritent discussion. Qu’est qu’on entend par bénédiction d’une union ? En quoi consiste une bénédiction de mariage pour un couple hétérosexuel, en quoi consisterait-elle pour un couple homosexuel ? Que signifie le terme « union » par rapport à la notion de « mariage » ? En quoi une union se différencie-t-elle d’un mariage ? Chacun a une réponse différente à apporter à ces questions. De plus cela renvoie au rôle de l’Eglise en tant qu’institution, par rapport à la société. Dans quelle mesure l’Eglise doit-elle institutionnaliser une relation homosexuelle, si elle n’est pas reconnue socialement ? En France, il ne peut y avoir de mariage religieux sans un acte civil préalable. Comment l’Eglise doit-elle prendre position à cet égard vis-à-vis d’un couple homosexuel (« pacsé » ou « non pacsé »)? D’ailleurs au-delà du statut légal de couple marié ou pacsé, se pose la question de l’engagement du couple. Car pour beaucoup de participants, cette question est fondamentale. Cette notion d’engagement du couple, devant la communauté et devant Dieu, le besoin de reconnaissance qu’il traduit semble au cœur de la cérémonie de « bénédiction de mariage ». La bénédiction d’un couple hétérosexuel passe ainsi par un engagement et se matérialise par un changement de statut et un événement social et familial. Il paraît difficile de dissocier ces différents aspects et de concevoir la bénédiction d’un couple homosexuel comme un acte isolé sans contrepoint social ou familial. Les points de vue sont donc très différents. La discussion, si elle a contribué à faire émerger toutes ces questions, n’a cependant pas permis d’arriver à une vision unique. Une seule certitude se dégage, celle qu’il faut continuer à travailler sur ce thème pour chercher des éléments de réponse, mieux comprendre les peurs et réticences sous-jacentes et avancer.

  1. Le principe de l’acceptation de candidats homosexuels au ministère pastoral suscite peu de réserves, sur le fond. Les membres du groupe s’accordent à réaffirmer la volonté de non discrimination, tant en matière d’accueil qu’en matière de recrutement des candidats à une fonction quelconque au sein de l’Eglise, y compris la fonction pastorale. Pourtant le groupe reconnaît que les implications peuvent être difficiles ou douloureuses, et que, parfois, les personnes homosexuelles exerçant un ministère pastoral pourront se trouver confrontées à l'incompréhension et même à l’hostilité des paroissiens. Là encore on s’accorde à reconnaître qu’un long travail sera sans doute nécessaire pour réfléchir ensemble sur ce que représente un tel changement et accompagner l’évolution de l’ensemble de la communauté dans cette voie.

Paris, le 15 juin 2003

Extrait de l'Amitié de  Septembre 2003