Grève, dialogue et parole

Autrefois, les travailleurs des quais de la Seine, lorsqu’ils n’avaient pas de travail, se tenaient au bord de l’eau, au niveau de l’Hôtel de Ville à Paris, place de Grève. Ils faisaient donc la grève, en attendant d’être embauchés.

Le sens des mots évolue au fil des siècles et « faire la grève », n’est plus se tenir au bord de l’eau pour chercher du travail, mais c’est la cessation volontaire du travail pour faire entendre des revendications diverses.

La grève reste une rupture de dialogue, une forme de violence subie par tous au final : les salariés, les dirigeants et ceux qui sont extérieurs au conflit (usagers, clients, fournisseurs). C’est un constat d’échec.

Comme pour tous les conflits, les choses s’apaisent à partir du moment où les partenaires se retrouvent pour dialoguer… Les choses ne sont pas toujours simples et on discute parfois sur la forme de la table de négociations, chacun voulant la meilleure place pour être entendu. Mais enfin, la parole revient, signe de solutions évoquées, envisagées et finalement trouvées.

La parole a bien souvent plus de pouvoir que la force ou la violence. Dans un dialogue normal, chacun peut dire ses souffrances, problèmes, espoirs. La parole permet d’être entendue et reçue. Elle nécessite du temps, un espace entre les partenaires, elle permet la compréhension. La parole dévoile le visage de l’autre et ouvre la possibilité à l’accueil. Dans nos périodes de conflits sociaux actuels, on ne peut s’empêcher de penser à ce pouvoir de la parole.

Evidemment, dans nos églises nous retrouvons ce rôle de la Parole. Mais ici, c’est de la Parole de Dieu qu’il s’agit. Les « actions » de Dieu évoquées dans la Bible n’ont pas abouti à grand-chose. Certes il y a l’Exode, mais un Dieu qui endurcit voire tue, ressort plus de la mythologie que du message de Jésus. La Parole des prophètes qui pose la justice en première ligne est plus pertinente car elle dévoile un Dieu qui fait cas des plus miséreux des sociétés humaines. Mais en Jésus, « la Parole a été faite chair », elle s’inscrit à la suite des messages des prophètes, de la Sagesse et d’une partie de la philosophie grecque. Cette Parole dit l’amour de Dieu, sa volonté de créer sans cesse un monde et un homme nouveaux; elle est là comme un air de printemps qui fait vivre tout homme.

On aimerait tant retrouver un peu de cette Parole dans les paroles des hommes pour le service de la paix et de la justice.

Vincens HUBAC

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