Mon puissant soutien
« Vous y croyez, ou pas ? » Me revient en mémoire le stimulant électrochoc offert il y a treize ans par la réponse publique d’un théologien ami : « Qu’est-ce qu’on appelle croire ? Le tombeau vide ? Évidemment je n’y crois pas ! » Évidemment ? Le pire c’était bien cet adverbe, accusation implicite sinon d’hypocrisie, du moins de mauvaise foi. Évidemment c’est impossible, évidemment vous n’y croyez pas vraiment, évidemment si vous y croyez c’est que vous vous montez le coup. « Évidemment » nous plongeait au cœur du problème, et nous y revoici aujourd’hui – car Pâques, notre fête de la résurrection de Jésus, le Christ, est aussi l’occasion de regarder en face nos propres contradictions. Vivifiant exercice que je vous propose sur l’entraînante musique de Haendel :
« À toi la gloire, ô Ressuscité, à toi la victoire, pour l’Éternité ! » Quel bonheur d’entonner cette triomphale ouverture ! Gloire ou victoire, chacun·e peut y vivre sa propre recherche, y retrouver sa propre compréhension ; et par le miracle du chant cette recherche si personnelle peut devenir joie communautaire – moins peut-être joie d’une victoire de Christ sur la mort corporelle que joie de le célébrer, vivant, par ce chant séculaire.
« Brillant de lumière, l’ange est descendu, il roule la pierre du tombeau vaincu. » Ouh la la, ça se complique. Ces événements étranges qu’aucun évangile n’avait osé décrire, voilà qu’on nous en parle comme si on y avait assisté. Et nous, qui n’avons assisté à rien, qui ne savons pas bien de quoi il s’agit, d’où nous vient l’assurance avec laquelle nous chantons ce couplet ? S’agit-il de retrouver la foi sans faille des générations qui l’ont claironné avant nous, ou surtout de fièrement la célébrer ? Sans trop nous poser de questions, allons retrouver le refrain, et y prendre des forces pour le couplet suivant.
« Vois le paraître, c’est lui, c’est Jésus ! Ton Seigneur, ton maître – oh, ne doute plus ! » Deux injonctions à la fois perturbantes et rassurantes. Perturbantes, car le voir « paraître »… je voudrais bien… peut-être qu’en peinture, ou alors en fermant les yeux… Rassurantes car s’y trouvent en creux de précieuses informations sur l’état d’esprit général à l’époque de la rédaction de ce merveilleux cantique : « ne doute plus » – ah bon, eux aussi, déjà ? Je peux donc chanter avec eux, dans l’allégresse qui fait de nous son peuple.
« Craindrai-je encore ? Il vit à jamais, celui que j’adore, le Prince de Paix ! » Ça va beaucoup mieux. À jamais vivant, nous le croyons et le proclamons, à jamais présent parmi les humains par la force de son esprit saint. À jamais vivant en église, nous l’espérons et y travaillons, à jamais et dans l’allégresse, car il est bien notre victoire sur la peur, notre puissant soutien contre le désespoir. Aujourd’hui encore, plongés avec Christ dans la douleur de sa mort et dans le shéol de nos contradictions, nous en remontons avec lui, capables de les assumer et heureux de le savoir vivant parmi nous et en nous.
« Tribun, tu crois vraiment à tout ça ? » À la fin du très beau film proposé ici le 9 avril par le ciné-club (ne manquez pas ce péplum du vingt-et-unième siècle opportunément intitulé La Résurrection du Christ), la réponse du tribun joué par Joseph Fiennes est moins une conclusion qu’une réponse pour notre temps : « Je crois, dit-il, je crois que je ne pourrai plus jamais être le même ».
Catherine Axelrad
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