Le concert du mois – Janvier 2021

Les Cantates ont suspendu leur cycle depuis avril dernier et ne peuvent pas encore reprendre leurs concerts au sein du temple pour l’instant. Nous vous tiendrons bien sûr au courant en fonction de l’évolution de la situation sanitaire.

En attendant que nous puissions reprendre les concerts en présentiel au Foyer de l’Âme, voici un concert virtuel avec un écho de celui donné le 1 janvier 2004.

Mots de Freddy Eichelberger  :
Pour ce dimanche 3 janvier, voici la cantate “Fallt mit Danken, fallt mit loben”, BWV 248-4, quatrième partie de l’oratorio de Noël, que nous avions jouée le jour du nouvel an 2004. Le temple était bourré à craquer jusque dans les escaliers !
Ce sera une deuxième occasion de rendre hommage à Sophie Boulin qui chantait l’air de soprano. Sophie était une pionnière du baroque qui s’aventurait “tous azimuts” dans toutes sortes d’expériences et de spectacles, notamment à la Péniche Opéra. Elle a été compagnonne de route des cantates depuis le début du projet.
Ce jour là jouait dans les violons Marie-Christine Desmonts qui nous a quittés elle aussi. A l’image de son sourire discret, nous aurons ainsi de douces pensées pour elles deux.

Vous trouverez également en PDF le programme complet de la cantate.

Bonne écoute !

Les Cantates

Dimanche 1 janvier 2004

Weihnachtsoratorium,
IV 
Festo Circumcisionis Christi

Cantate BWV 248
“Fallt mit Danken, fallt mit Loben”

Avec l’aimable autorisation des musiciens

Sophie Boulin* – soprano
Sébastien Obrecht* – ténor
Matthias Seidel-Stollberg* – basse

Ensemble vocal de la Basilique de Lausanne
Muriel Füllemann, Véronique Pilloud,
Francine Pilloud, Anne Desarnaulds – sopranos
Stéphane Mösching, Françoise Busset, Annelise Michaud – altos
Dario Alasia, Charles Lambrigger, LionelVidoudez – ténors
Jérémie Wenger, Grégoire Fillion,
Victor Desarnaulds, Dominique Pitteloud – basses

Pierre-Yves Madeuf, Pascale Mesnier – cors
Benoit Richard, Margot Humber – hautbois
Yannis Roger, Marie-Christine Desmonts,
Andrée Mitermite, Guillaume Humbrecht,
Bernadette Charbonnier, Ruth Weber, Ariane Dellenbach – violons
Marta Paramo – alto
Marianne Muller – ténor de viole
Louise Audubert, Eleanor Lewis – violoncelles
François Charruyer – basson
Jean-Christophe Deleforge – contrebasse
Jean-Miguel Aristizabal – clavecin
Dario Alasia*, Nicolas Bucher – orgue
Pascal Pilloud* – orgue et direction

*(solistes)

Dans ce cycle composé pour Noël 1734, les trois premières cantates forment un bloc net. Leur succession est compacte, l’instrumentation identique dans la première et la troisième crée une forme symétrique où s’enchâsse l’épisode de la naissance du Christ.

Mais cela n’indique pas pour autant que les trois cantates suivantes vont répéter le même mouvement. La quatrième occupe une place unique. C’est le centre de l’Oratorio de Noël.

C’est une cantate conjuguée à la première per- sonne du singulier.
La basse, la soprano puis le ténor disent «je» pour le croyant de Leipzig et non comme un personnage biblique.

Des six cantates de l’oratorio, d’ailleurs, celle-ci est la plus éloignée de l’histoire de la nativité. L’évangéliste narrateur n’apparaît qu’une fois, contre trois au minimum dans les autres cantates (quatre dans la deuxième!).

Ce caractère individuel du salut est caractéristique de la foi luthérienne.
Le nom qui est donné à Jésus huit jours après sa naissance est une affaire d’état-civil, mais si Bach en fait le thème de cette cantate, c’est que pour le croyant de son époque, ce nom symbolise une promesse qui se réalise pour chacun.

Le Christ prend maintenant sa pleine dimension. La crèche cède la place au trône.
Le chœur d’introduction traduit bien cette transformation. Il s’agit d’un menuet plein de grâce, à la française, qui invite à la révérence. Les cors font leur unique apparition dans tout l’oratorio. Ils ont une sonorité très différente de celle des trompettes utilisées dans les première, troisième et dernière cantates. La trompette est directe, elle annonce. Le cor diffuse un halo, comme une lumière qui rayonnerait: quelque chose est établi.

La cantate peut s’entendre comme un grand récitatif de basse.
En amont, le chœur et l’unique intervention de l’évangéliste. En aval, un air de ténor vigoureux et le choral final.

Si cette continuité se saute pas aux oreilles, c’est que ce récitatif est enluminé d’interventions complémentaires.
A la basse qui s’enivre littéralement du nom de Jésus vient se superposer d’abord un choral vieux d’un siècle chanté par les sopranos, qui crée comme une orchestration vocale autour du chanteur principal.

Quand celle-ci s’interrompt, la basse est arrivée au point crucial de son argumentation: «Jamais mon cœur ne se lassera (…) à l’heure de ma mort tu seras encore mon bien-aimé».

Bach a alors recours à un air en écho, figure de style un peu surannée, pour évoquer cette heure de la mort: le croyant dialogue avec Dieu dont les réponses confortent sa foi. Le hautbois solo participe à l’effet sonore.

Fortifié par cette «apparition», le récitatif reprend sa route: même tonalité, même principe, les sopranos citant la deuxième strophe du même choral ancien. Basse et choral, l’un à la première personne, l’autre en forme collective, posent la même question: comment remercier Dieu pour ce salut? Une troisième voix apparaît donc pour répondre: le ténor, appuyé par deux violons, affirme la nécessité de vivre dans la foi. À quoi la communauté répond par un dernier choral, vœu d’obéissance somptueusement instrumenté.

Christian Leblé

http://www.lescantates.org/