Le concert du mois – Mars 2021

Les Cantates ont suspendu leur cycle depuis avril 2020 et ne peuvent pas encore reprendre leurs concerts au sein du temple pour l’instant. Nous vous tiendrons bien sûr au courant en fonction de l’évolution de la situation sanitaire.

En attendant que nous puissions reprendre les concerts en présentiel au Foyer de l’Âme, voici un concert virtuel avec un écho de celui donné le 3 juin 2001. Il s’agit de la Cantate BWV 150 “Nach dir, Herr, verlanget mich”.

L’orgue que vous allez entendre est l’ancien orgue du temple qui était arrivé à bout de souffle. C’est un témoignage qui rappelle la chance que nous avons d’avoir pu faire construire depuis le très bel orgue actuel de Quentin Blumenroeder.

Et pour retrouver un peu l’ambiance du concert dans le temple, cette fois-ci le son des cloches en introduction et les applaudissements en conclusion ont été laissés, si jamais vous souhaitez les écouter.

Vous trouverez également en PDF le programme complet de la cantate.

Bonne écoute !

Les Cantates

Dimanche 3 juin 2001

Pièce d’orgue
BWV 736 “Valet will ich dir geben”

Cantate BWV 150
“Nach dir, Herr, verlanget mich”

Avec l’aimable autorisation des musiciens

XVIII-21 Musique des Lumières

Donatienne Michel-Dansac – soprano
Christophe Laporte – alto
Vincent Lièvre-Picard – ténor
Joel Mitchell – basse

Guya Martinini et James Jennings – violons
Nicolas Crnjanski – violoncelle
Nicolas André – basson
Freddy Eichelberger – clavecin
Frédéric Rivoal – orgue
Jean-Christophe Frisch – direction

“Nach dir, Herr, verlanget mich” est probablement la plus ancienne cantate de Bach qui nous soit parvenue. Comme l’Actus Tragicus (concert du 4 mars 2001), elle fut composée vers 1707, à Mülhausen, où Bach occupait les fonctions d’organiste, après un premier emploi à Köthen. Elle n’a pas de rapport avec le calendrier religieux et les circonstances de sa composition sont inconnus.
Elle s’appuie sur le Psaume XXV (versets 1, 2, 5 et 15) pour ses trois premiers chœurs. Le dernier, l’ai pour soprano et le trio sont des textes originaux, peut-être de la main de Bach.
Son style est très proche de celui de Buxtehude, que Bach admirait tant. L’atmosphère est plus celle d’un XVIIIe siècle galant et désinvolte.

L’introduction instrumentale révèle les moyens très concentrés de la cantate : deux violons et un basson, en plus du continuo. Elle présente rapidement une lente descente chromatique de six noires, qui installe l’auditeur dans cette attente que le chœur, reprenant ce thème, va exprimer : “Nach dir, Herr, verlanget mich” (Seigneur, je t’attends). Bach joue avec assurance de l’alternance des voix et des instruments pour mettre en scène son texte. Le chœur se manifeste à trois reprises, et chaque fois les voix apparaissent dans un ordre différent. Les demi-tons du thème se combinent de manière changeante. Le chœur s’achève sur une fugue animée, dans laquelle le basson se fait virtuose.

L’air pour soprano qui suit est très dépouillé, et l’absence de reprise, qui caractérise la première époque de cantates de Bach, ajoute à cette impression. Les mots sont simplement et dignement mis en valeur. Le contraste est fort avec le deuxième chœur qui attaque sur une idée musicale qu’on attendrait plus dans une œuvre d’aujourd’hui : un passage de relais très précis au fil d’une gamme ascendante entre les quatre voix puis les violons, sur une étendue de deux octaves. Les instruments se font très agités sur “Lehret mich” (enseigne-moi) et rapides, alors qu’ensuite “Du bist der Gott” est plus ferme. La dernière phrase “Täglich harre ich dein” (chaque jour j’espère en toi) combine ces deux sensations contradictoires et culmine sur un accord insistant.

L’air en trio au centre de la cantate est magnifique et rare. Les trois voix sont aériennes, unies, alors que la basse continue est très agitée, le violoncelle en double croches évoquant le bruit du vent dans les cèdres. C’est toute la confiance du croyant, au-dessus des vicissitudes terrestres. Les violons sont muets. Ce sont ces derniers qui vont lancer le troisième chœur, offrant un miroir léger au mouvement du basson qui a conclu seul, en arpèges descendants, le trio. Ce chœur, très poétique, se soumet au balancement léger des instruments.

Le dernier chœur est presque inattendu, car après tant de simplicité il révèle une grande complexité d’élaboration. C’est une passacaille, c’est à dire un enchaînement harmonique de quatre mesures à trois temps, répété inlassablement. Les interventions, sur cette base, sont très contrastées. La première phrase chantée s’achève sur une tenue “Freude” (Joie), interminable, inextinguible, éternelle en quelque sorte. Alto et soprano, puis ténor, puis basse : les phrases semblent surgir de personnages énormes. Les cordes accumulent des traits courts, répétés, en zig-zag. La dernière phrase est une apothéose qui rassemble les quatre voix. Les sopranos tiennent le mot “streiten” (se battre) en d’incroyables ondulations là encore très modernes, avant une dernière affirmation déterminée de l’effectif au complet. La légende raconte que Brahms se serait inspiré de ce morceau exceptionnel pour le final de sa dernière symphonie.

Christian Leblé

http://www.lescantates.org/