Une Pentecôte qui se fait attendre
Au bruit qui se faisait entendre, la foule s’assembla, bouleversée : ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous galiléens ? Comment se fait-il que nous les entendions dans notre propre langue (ukrainienne, bamileke, française, italienne, persane, inuit, camerounaise, russe, américaine, turque, danoise, hindi, hébraïque, grecque, malgache, allemande, arabe, hispanique, congolaise, j’en oublie et non des moindres) ? Comment se fait-il, surtout, que l’Esprit ne souffle pas aussi fort aujourd’hui sur notre humanité en déshérence que dans ce texte fondateur de l’Église universelle ?
Les situations mondiales semblent évoluer si vite qu’entre le moment de rédaction de cet édito et celui de sa publication, rien n’empêche que tout ait changé. Les puissants de ce monde ayant pris conscience de leurs responsabilités, les pays en guerre auront trouvé le chemin du dialogue et de l’entente. Les nantis ayant entendu les cris des peuples dénutris, avec le partage pourra venir la fin des massacres, des actes de vengeance et même des fanatismes religieux. Les hommes n’ayant plus peur des femmes cesseront de vouloir les dissimuler et les soumettre pour découvrir le bonheur de les aimer et de les respecter.
Il nous faudra bien sûr saluer le moindre petit effort en ce sens, et y participer si l’occasion nous en est donnée ; mais pour être jadis douloureusement sortie de ce beau rêve (reformulé par Karl Marx, mais tout aussi pentecôtiste), je suis aujourd’hui sevrée du vin doux d’une espérance prophétique telle que celle du livre de Joël (« Vos jeunes gens auront des visions, et vos vieillards auront des songes »). Comme l’a récemment dit notre future pasteure : « Le Christ ressuscité fait de la vie quotidienne le lieu de la rencontre avec Dieu. C’est en cessant de rêver à un messie qui terrasserait les Romains, en revenant à leur réalité, que les disciples vont pouvoir vivre vraiment ».
Moment de joie et d’effusion dans les Actes des Apôtres, vision symbolique enflammée qui ouvre ce livre biblique fondateur, la venue du souffle saint est peut-être moins aujourd’hui un événement à commémorer ou à rejouer qu’un temps de renoncement. Renoncement aux imprécations comme aux supplications, renoncement à l’idée d’un Dieu tout-puissant, reconnaissance des limites de notre recherche spirituelle dans notre condition humaine, et acceptation des responsabilités qui nous sont confiées ici-bas.
Catherine Axelrad
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