Concert virtuel pour Noël – En hommage à Sophie Boulin

Voici une nouvelle cantate à écouter, à défaut de pouvoir nous retrouver au Temple.
A première vue, le choix paraîtra étrange : une cantate d’après la Pentecôte… C’est que figure à la première ligne de la distribution la soprano Sophie Boulin, disparue il y a quelques semaines. Sophie Boulin était une des pionnières de la réinterprétation baroque. Il y avait l’estime, il y avait l’amitié : il fallait lui rendre hommage ici.
Voici d’abord cette incantatoire cantate Barmherziges Herze der ewigen Liebe et puis dans quelques jours, à l’aube de la nouvelle année, un autre magnifique souvenir.

Vous trouverez également en PDF le programme complet de la cantate.

Bonne écoute !

Les Cantates

Dimanche 2 juin 2002

Cantate BWV 185
“Barmherziges Herze des ewigen Liebe”

Avec l’aimable autorisation des musiciens

Sophie Boulin – soprano
Pierre Sciama – alto
Jean Delescluse – ténor
Stephan Macleod – basse

Joël Lahens – trompette à coulisse
Margot Humber – hautbois
Nicolas André – basson
Guya Martinini et Andrée Mitermite – violons
Lucia Peralta – alto
Marion Middenway – violoncelle
François Joubert – contrebasse
Benoît Hartoin – clavecin
Freddy Eichelberger – orgue

La cantate Barmherziges der ewigen Liebe a été composée à Weimar en 1715 pour le quatrième dimanche après la Pentecôte. C’est une cantate pour voix solistes, c’est à dire sans ensemble vocal, à l’exception du choral final.

L’auditeur est saisi dès les premières notes par la foi vibrante que Bach veut inspirer : des trilles rehaussent le chant de la soprano, lui conférant humanité et fragilité, alors qu’en contrepoint, la trompette à coulisse cite une autre mélodie, une hymne qui sera chantée en conclusion de la cantate, “ich ruf’ zu dir” (Je t’invoque). Le choix d’un duo, dont les mots se croisent, se superposent, s’ajoutent, donne immédiatement une force incantatoire à cette cantate. L’effet s’écroule un peu, dans les deux récitatifs, dont le texte, signé par le librettiste de Bach, Salomon Franck, laissent un peu froid aujourd’hui, avec leurs métaphores un peu plates.

Les airs, quant à eux, sont forts.
Le premier, pour alto, est tiré en avant constamment par un riche motif joué par le hautbois et les violons, dont le rythme, en triple croches émaillées de trilles, suggèrent la générosité qui se répand. Le second rappelle une autre cantate jouée dans ce cycle en mars dernier [mars 2002], Sei Lob und Ehr dem höchsten Gut, dans laquelle la phrase “gebt unserm Gott die Ehre” était articulée et répétée d’une manière démonstrative à travers plusieurs tonalités, “sur tous les tons”, comme on a coutume de dire. Ici encore, l’effet de conviction est atteint par ce même phénomène de reprise inlassable : “das ist den Christen Kunst” possède cette force rhétorique, affirmée par la solidité de la voix basse et par un continuo à la pulsation infatigable.

Le final de la cantate, bouclant la boucle, est la réapparition du thème cité en ouverture.

Christian Leblé

http://www.lescantates.org/