Lisons les femmes
En préparant ce numéro d’été, qui ces dernières années vous recommande des lectures pour la période estivale, j’ai fait ce constat : les livres cités étaient quasiment exclusivement écrits par des hommes. Et comment s’en étonner ? Toute notre vie on nous aura appris que les « grands classiques » cela s’accorde au masculin. À l’école, les programmes tardent à appliquer une parité. En 2012, un rapport du centre Hubertine-Auclert relevait que 95% des textes littéraires et théoriques figurant dans les manuels de seconde avaient des auteurs masculins. Et il aura fallu attendre 2017, pour qu’une autrice soit au programme du baccalauréat en littérature.
Quand j’étais plus jeune, l’argument qui m’était servi était celui-ci : les femmes ont mis du temps à accéder à l’éducation, la lecture et l’écriture, elles n’avaient pas les conditions matérielles pour se lancer dans cette aventure.
Et en effet, les femmes autrices qui sont passées à la postérité, viennent souvent d’un milieu aisé. Louise Labé, Madame de la Fayette, Madame de Sévigné, George Sand… Mais d’autres grands noms ne sont pas pour autant enseignés voire dénigrés. Qui a déjà étudié Jane Austen sur les bancs de l’école ? Qui savait que l’un des textes précurseurs de la science-fiction, Frankenstein ou le Prométhée moderne, avait été écrit par une femme, Mary Shelley ? Les femmes ont longtemps été invisibilisées de l’histoire de la littérature, tout comme dans les sciences.
Et les hommes se sont aussi parfois attribué leurs œuvres ou s’en sont « inspirés », notamment dans les couples. Pourquoi la postérité a davantage retenu les œuvres d’André Malraux alors que celles d’Elsa Triolet sont tombées dans l’oubli ?
Faisons le point dans nos bibliothèques. Lit-on plus d’hommes que de femmes ? Et est-ce un problème ? Il s’agit d’abord de représentations, car un livre écrit par une femme noire lesbienne ne présentera pas ses personnages de la même manière qu’un homme blanc hétérosexuel cis.
Les prises de conscience évoluent doucement, notamment dans la littérature jeunesse où le héros est toujours bien trop souvent un petit garçon blanc. On grandit avec des stéréotypes, avec l’idée aussi que le métier d’écrivain est masculin, mais surtout en se passant des imaginaires de la moitié de notre humanité.
La militante féministe Alice Coffin avait fait polémique en assumant le parti pris de lire désormais surtout des œuvres féminines, juste rééquilibrage des lectures passées. J’ai pris aussi ce virage, car, sans pour autant plonger dans l’essentialisme, ces œuvres écrites par des femmes ou leurs alliés me font beaucoup de bien. Sans pour autant bannir les hommes de nos piles à lire, nous pouvons nous ouvrir à plus de diversité : lire plus de femmes, de littérature LGBTQIA+, découvrir d’autres univers en privilégiant aussi des auteurices d’autres pays et en dehors du monde occidental.
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