Retremper son courage
à l’Assemblée du Désert

L’Assemblée du Désert aura lieu à Mialet le 6 septembre.
Le culte sera transmis en direct puis en replay/podcast sur France 2 et sur France culture.
Si le protestantisme n’a pas de pèlerinages, puisqu’aucun lieu n’est sacré et que la démarche de devoir faire quelque chose pour mériter la grâce est contraire au fondement de sa théologie, il a tout de même des lieux de mémoire. L’un de ces lieux est à Mialet, dans le Gard. Chaque année, à la rentrée, des protestants y affluent de partout pour se retrouver dans une joyeuse ambiance. Pourtant, il s’agit de bien plus que d’une cousinade élargie : l’enjeu est de se replonger dans un passé qui permette de mieux assumer les défis du présent. Un passé qui nous rappelle notamment la précarité de nos libertés. Déjà, le livre du Deutéronome y exhortait : « Souviens-toi que ton père était un Araméen errant » (Dt 26, 5). Autrement dit, que le confort ou ta position sociale actuelle ne t’endorment pas, qu’ils ne te paraissent pas plus désirable que la liberté dont les générations avant toi n’ont pas toujours joui, qu’ils ne te donnent pas non plus un sentiment de supériorité sur les migrants d’aujourd’hui.
Cette année, à l’Assemblée du Désert, c’est la figure de Marie Durand qui nous rappellera la précarité de notre condition. Elle a été l’une des 91 protestantes qui ont été emprisonnées à la tour de Constance après l’édit de Fontainebleau (1685) révoquant l’Édit de Nantes. Souvent porte-parole des prisonnières, elle a été incarcérée à 19 ans et n’est ressortie libre qu’à 57 ans. Nous nous souviendrons que la liberté de conscience et d’expression étaient passibles d’emprisonnement… mais aussi que des personnes ont refusé que ce fût une fatalité : de plus en plus nombreuses sont celles qui ont intercédé pour les prisonnières, la correspondance de Marie Durand en témoigne. Cela nous permet de ne pas oublier que la conscience collective peut donc bien s’élever, par contagion en quelque sorte, à une plus haute conception des libertés individuelles.
Malheureusement, le mouvement inverse est aussi possible. Beaucoup semblent s’accommoder, par exemple, du rachat par quelques milliardaires de nombreux titres de presse et maisons d’édition, de la désinformation sur les réseaux sociaux, mais aussi que tant de jeunes se noient en essayant de trouver les conditions d’une vie meilleure… En évoquant la précarité de notre condition humaine et de nos libertés, en réécoutant des récits bibliques qui nous exhortent à être humbles, vigilants et solidaires, nous retremperons dans le même temps notre courage pour sortir du sentiment d’impuissance et défendre les libertés.
Sandrine Maurot
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