Des lectures au culte
Vous êtes-vous déjà demandé comment étaient choisies les lectures au culte dominical ? D’un temple à l’autre, les usages sont différents et se réfèrent à des traditions qui remontent loin dans l’histoire. L’essentiel pour les réformateurs était de prêcher sur la « seule Bible ». Luther choisit de conserver le lectionnaire catholique, avec trois lectures indicatives le dimanche matin, mais il fait des aménagements substantiels : il prône qu’il y ait… trois sermons, puis la lecture d’un livre en continu le dimanche après-midi ! Calvin et Zwingli pratiquent, eux, la lecture continue chère à Origène (fin IIème siècle) : un livre biblique est lu du début à la fin au fil des cultes, tandis que se répand aussi la prédication par « lieux communs » c’est-à-dire par thème (la grâce…).
Et aujourd’hui ? Beaucoup d’Églises adoptent des formes hybrides. Dans les courants évangéliques les prédications sont souvent thématiques : même si le support principal est un texte biblique assez long, le but est d’exposer la doctrine de l’Église concernée en argumentant à l’aide de versets bibliques très nombreux provenant de livres différents.
Au sein de notre Église unie, certaines églises locales réformées ont gardé le principe d’une lecture continue, mais sélectionnent quelques passages emblématiques à lire au culte et à travailler dans les différents groupes, à commencer par l’éveil biblique. Cela donne souvent de très beaux cultes communs. Beaucoup d’autres utilisent le lectionnaire œcuménique, qui est une version légèrement remaniée du lectionnaire catholique adopté à la suite de Vatican II, avec trois lectures. Certaines enfin, comme au Foyer de l’Âme, laissent aux prédicateurs et prédicatrices une entière liberté de choix.
Pour ma part, j’aime bien me battre avec le lectionnaire, mais pas avec les trois textes à la fois ! Il me semble intéressant et même édifiant d’aider l’auditoire à comprendre quels sont les choix qui ont été faits, comment cela a pu façonner la foi des fidèles, et de s’exercer à voir par exemple comment le regard peut changer lorsqu’on segmente le texte biblique différemment. Cela oblige aussi à se confronter à des textes qui nous plaisent moins. Mais pour autant, il serait dommage de s’y laisser enfermer car beaucoup de passages importants, comme le meurtre d’Abel par Caïn par exemple, n’y figurent pas. C’est pourquoi il est bien bon aussi de prêcher au gré des lectures et des découvertes qu’on aime à partager.
Sandrine Maurot
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